Les produits comestibles arrivent au Canada

Les produits comestibles arrivent au Canada

Déjà très populaires aux États-Unis, les produits comestibles à base de cannabis sont prévus d’arriver sur le marché canadien à partir du 17 octobre 2019. Le marché américain prouve que ces produits ont de bonnes chances de séduire un large public, en plus d’offrir des bénéfices financiers bien supérieurs à ceux rendus par les fleurs de la plante. Cependant, les régulations autour des biens comestibles ne promettent pas de rendre leur insertion sur le marché facile. Si le but original de la légalisation nationale est de créer une consommation responsable et régulée tout en éliminant l’emprise du marché noir, les premières esquisses de lois concernant une large gamme de produits ne semblent pas jouer en faveur du gouvernement – et des consommateurs.

Le sujet des boissons est encore soulevé, notamment à cause de tous les coûts supplémentaires qu’elles risquent d’engendrer ; des coûts supplémentaires qui seront vraisemblablement reflétés sur le prix de vente au public. En effet, les boissons infusées au cannabis (de même que les autres produits comestibles à base de cannabis) se devront d’être produites dans des infrastructures totalement différentes de celles qui produisent tout autre produit alimentaire, mettant les compagnies dans la délicate position de construire des installations ou en chercher d’autres pour servir ce but uniquement.

Pour les distilleries qui comptent se lancer dans les boissons à base de cannabis, il leur sera impossible d’apposer leur nom sur l’étiquette nouvelle, laissant sous-entendre la création de nouvelles marques, ainsi que toute la publicité qui vient avec. De plus, des investissements quant aux emballages seront attendus pour rendre les bouteilles particulièrement inaccessibles aux enfants. Des coûts supplémentaires que beaucoup jugent inutiles ; en effet, les maisons d’alcool ont déjà un public cible adulte uniquement, souligne Grizzle.

Pour continuer sur la voie de l’empaquetage qui pose problème, il y a également celui que posent les quantités de cannabis qu’un seul emballage peut contenir – 10 mg de tétrahydrocannabinol (THC) à ce jour. Si des ajustements ne sont pas proposés, cela voudrait dire que ces 10 mg restent en vigueur pour des produits qui ont un poids moindre, comme un sac de bonbons, menant à une quantité d’emballages astronomiques – un faux-pas très critiqué en cette ère de réveil face aux enjeux climatiques.

Jessika Villano, propriétaire de Buddha Barn, qualifie ces restrictions de « cauchemar environnemental » dans un article paru dans Global News. La question de l’utilisation médicale de produits comestibles se pose en conséquence, la plupart des doses prescrites étant plus élevées que les 10 mg autorisés à cette heure ; les patients devront-ils acheter plus de produits afin de répondre à leurs besoins ?

Un autre point qui risque de fâcher les consommateurs est celui du goût, tout simplement. Il semblerait que les produits qui arriveront sur les étalages ne puissent être conservés dans les endroits réfrigérés, laissant sous-entendre que des agents conservateurs devront être ajoutés pour limiter les pertes. Associée à une utilisation d’ingrédients et de produits moins frais, les compagnies vont devoir rivaliser d’ingéniosité pour trouver des moyens de produire des produits dont le goût est agréable, afin de s’assurer une clientèle régulière.

Cannabis Produits Comestibles Canada

Toutes ces régulations préliminaires peuvent laisser penser que le marché noir ne perdra pas sa dominance sur la demande canadienne de sitôt. Les premiers pas du gouvernement dans l’industrie des comestibles à base de cannabis sont particulièrement restrictifs, et bon nombre d’experts craignent de voir l’industrie canadienne se planter royalement face à la concurrence à cause de toutes les contraintes à respecter.

Néanmoins, certaines compagnies ne semblent pas blâmer ces restrictions et appuient même les décisions gouvernementales ; c’est le cas de Canopy Growth, dont le PDG Bruce Linton salue la façon dont cette légalisation s’est passée, ainsi que l’entente entre les entités fédérales et provinciales, qu’il qualifie de « stupéfiante ».