Les directeurs financiers à l’ère du cannabis légal

Les directeurs financiers à l’ère du cannabis légal

Aux États-Unis, si plus d’une trentaine d’États autorisent le cannabis médical et/ou récréatif, il reste illégal sur le plan fédéral. Malgré le fait que des propositions de lois commencent à avancer pour permettre aux institutions de travailler avec les firmes qui œuvrent dans l’industrie du cannabis, rien n’est encore passé. Ce faisant, de nombreuses banques et compagnies d’assurances refusent d’offrir leurs services aux compagnies qui travaillent dans le milieu, rappelle un article de NPR (National Public Radio).

La plupart des compagnies qui œuvrent actuellement dans l’industrie du cannabis se tournent vers les quelques 300 unions de crédit, ou de petites banques étatiques, qui sont régulièrement soumises à des contrôles. L’argent investi dans le développement vient généralement d’amis, de famille, ou d’investisseurs privés ; les banques refusent d’investir par peur d’une saisie fédérale. Si le risque est relativement peu élevé, c’est l’argument majeur qui fait que Tom Di Giovanni, le directeur financier de CannDescent, s’est vu refuser les services des entreprises de service de paie et des logiciels de ressources-humaines.

Il a fini par trouver une union de crédit qui acceptait ses revenus issus de l’industrie, mais il ne se passe pas une semaine sans qu’il reçoive des appels de ses clients qui voient leurs comptes être fermés. Les compagnies travaillant dans l’industrie paient des frais mensuels qui s’approchent des milliers de dollars, et ce, juste pour avoir un compte bancaire. Pour ce qui est des assurances autour des activités agricoles, il n’en existe pas – c’est pourquoi CannDescent, la compagnie californienne, a dû amortir seule la perte de ses récoltes il y a 2 ans de ça, estimée à pas moins de 600 000 $.

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Di Giovanni a révélé au média que son quotidien ressemblait plus à celui d’un gangster qu’à celui qui vient généralement avec le poste qu’il occupe. Bien loin de son ancien travail de comptable pour Ernst & Young, Di Giovanni est témoin (et acteur) de scènes tout droit sorties de films d’actions ; afin de transférer les recettes obtenues, c’est dans des camions blindés protégés par des gardes, tous armés, que quelques 2 millions sont déplacés chaque mois. D’ici la fin de l’année, Di Giovanni s’attend à atteindre les 4 millions mensuels, assurant encore plus d’hommes armés pour transporter ces montants dans les endroits prévus à cet effet. S’il est confiant qu’une législation bancaire passera, il s’est acclimaté à ce nouveau quotidien peu conventionnel.

Cannabis et Banque

Di Giovanni est également obligé d’employer des travailleurs dont l’unique tâche est de compter tout l’argent liquide généré par la compagnie, essentiellement des unités de 20 $ ; il explique : « durant 3 ou 4 heures, chaque jour, ils se tiennent debout devant les machines et les remplissent de liquide ». Tout doit être compté 3 fois après chaque transfert, dans un endroit secret. « Il est ensuite à nouveau acheminé, à des heures aléatoires, jusqu’à nos installations de traitements qui se trouvent dans une autre ville, dont je tairais le nom », dit-il.

Les risques supplémentaires coûtent cher sur tous les plans. Si les machines de pesage acquises par CannDescent rendent l’empaquetage 6 fois plus rapide, les taux d’intérêts venant avec approchaient les 18 %, soit 3 fois plus que le taux habituel. Alyson Martin, co-fondatrice du site Cannabis Wire, rappelle qu’autoriser les banques à faire partie du monde du cannabis est essentiellement une question de sécurité.

Le transport d’autant d’argent liquide fait de ces compagnies des cibles de choix pour de potentiels voleurs. « Je ne connais pas une seule personne qui n’a pas eu de problèmes bancaires », révèle-t-elle. Cela permettrait aussi d’étendre les activités, d’engager plus d’employés, et de générer plus de revenus gouvernementaux. Jusqu’ici, le SAFE Banking Act a rassemblé plus de 150 coparrains bipartites. Mais tant que cette mesure ne passe les votes de la Chambre des représentants et du Sénat, la vie professionnelle de Di Giovanni, et de bien d’autres directeurs financiers de l’industrie, sera parcourue d’embûches.