L’épilepsie, le cannabis, et ce qu’il faut savoir

L’épilepsie, le cannabis, et ce qu’il faut savoir

Sur les quelques 150 essais cliniques actuellement recensés sur clinicaltrials.gov, plus de 20 d’entre eux sont relatifs à l’épilepsie ; de plus en plus de chercheurs se penchent sur les effets que le cannabis peut avoir sur les différentes formes de la condition.

Si la Food and Drug Administration (FDA) a autorisé la mise en marché de l’Epidiolex, un médicament issu du cannabis qui vise les patients atteint des syndromes Dravet et Lennox-Gastaut, il est estimé qu’entre 30 et 40 % des épileptiques ne répondent à aucun traitement dit « traditionnel » – poussant donc les scientifiques à chercher des remèdes différents.

De plus en plus, les experts remarquent un désir de se soigner avec des remèdes plus « naturels », dont les patients atteints de conditions compliquées ne sont pas exemptés ; les effets de la consommation de médicaments lourds à long terme font peur, mais l’inquiétude de ne pas avoir l’efficacité des médicaments « traditionnels » reste présente dans les esprits, révèle le British Medical Journal (BMJ).

L’Epidiolex s’est révélé être un médicament efficace chez les patients atteints des syndromes susmentionnés ; sur les 120 sujets étudiés pour le syndrome de Dravet, 5 % d’entre eux ont vu leurs crises disparaître pour de bon ; ce qui est très rare pour cette forme d’épilepsie.

Dans les études concernant les 2 types d’épilepsie, les chercheurs ont vu une vraie réduction des diverses crises chez les patients sous traitement avec l’Epidiolex, comparé à ceux qui étaient sous placebo.

Et, les derniers chiffres venus des États-Unis ont montré que le cannabidiol (CBD) réduit de moitié les crises d’épilepsie en général, en plus d’augmenter la qualité de vie des patients de 56 %. Néanmoins, il est aussi remarqué que le pourcentage d’évènements indésirables est de 51 %, et il subsiste un 2,2 % de risques graves.

Suite à la publication d’un document par la FDA pour exposer les résultats du CBD concernant les syndromes de Dravet et de Lennox-Gastaut, il a été estimé que sur les presque 1 400 patients ayant pris du CBD pour traiter des conditions épileptiques, 20 d’entre eux ont connu la mort.

La plupart sont attribuées à d’autres maladies (respiratoires, mitochondriales, maladie de Batten), mais aucun des patients sous placebo n’a connu une fin prématurée.

La FDA a également pu observer une augmentation sérique des transaminases de 4 %, opposée à 0 % sous placebo, ainsi qu’une augmentation des taux d’infection (4 % de pneumonies, 0 % sous placebo) et de somnolence (2 % de cas, 0 % sous placebo).

Néanmoins, une petite étude rassemblant une vingtaine d’enfants sous Tilray 2:100, un autre médicament à base de cannabis qui traite les mêmes syndromes, a révélé une réelle amélioration de la qualité de vie, en plus d’une baisse de 71 % de crises motrices.

De plus, il a été remarqué que le CBD potentialise le clobazam, un antiépileptique, ce qui signalise une importante interaction médicamenteuse à surveiller.

Ces études ne sont pas aisées à mener. Plus il y a d’effets à mesurer, plus les résultats seront précis – mais les individus atteints d’épilepsie ne peuvent prévoir la fréquence de leurs crises ni leur intensité, rendant les recrutements pour les études difficiles.

De plus, notent Rhys H Thomas et Mark O Cunningham, les auteurs de l’étude, souvent, les sujets qui essaient un nouveau médicament traversent une période de grande amélioration avant de replonger, le temps que le corps s’y habitue.

Thomas et Cunningham ont remarqué que les patients avaient néanmoins un grand désir de voir le CBD fonctionner pour leur condition, entraînant par la suite une très forte réponse au placebo.

Les experts mettent en garde les individus qui voudraient consommer de l’huile de cannabis trouvée sur le marché pour répondre à un besoin médical ; les produits disponibles sur Internet ou dans certaines succursales sont loin d’être des produits pharmaceutiques et, malgré les sceaux de qualité qui peuvent être estampés sur les différents produits, il est difficile de déterminer avec précision ce qui se trouve dans les dérivés vendus.

Les dosages des composés présents varient, et les doses à ingérer sont, par conséquent, tout aussi difficiles à quantifier. Il est important de noter que les médicaments dérivés de la plante de cannabis sont fortement contrôlés et d’une pureté millimétrée, bien différents des huiles et autres produits offerts au public.

Les médicaments présents sur le marché sont un mélange précis de dosages de tétrahydrocannabinol (THC) et de CBD, et les effets secondaires les plus notés concernent des réponses intestinales.

Un autre point que les experts voudraient souligner est celui de la publicité autour du CBD ; si plein d’études et de nouvelles voient le jour en vantant les mérites de la plante de cannabis ou de chanvre, ainsi que des différents composés qui font d’elles ce qu’elles sont, les études qui montrent des résultats moins prometteurs ou des dangers sont moins publicisées ; le cannabis n’est pas une panacée, malgré le fait qu’il soit parfois dépeint comme telle.

Les neurologues tiennent à souligner qu’il existe des traitements pharmacologiques contre les syndromes de Dravet et Lennox-Gastaut, renforcés de données cliniques prouvant leur efficacité à long terme, comme le stiripentol et la fenfluramine.

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La raison biologique derrière les effets du CBD sur l’épilepsie est encore inconnue des chercheurs ; le CBD agit dans de nombreux endroits du corps, et le fait qu’il agisse sur des symptômes précis à travers autant de mécanismes pourrait mener à une approche novatrice de la maladie.

Les récepteurs CB1 et CB2 sont ceux qui reçoivent respectivement le THC et le CBD ; ce dernier est celui à qui il est attribué des vertus neuroprotectrices et anti-inflammatoires, 2 points qui sont à considérer quant à la recherche d’un traitement contre l’épilepsie.

Epilepsie Cannabis Info

Concernant les dosages possibles de THC pour ce type de médicament, il manque de preuves cliniques, mais des études préliminaires menées sur différentes espèces animales ont montré une forte action anticonvulsivante (62 %), mais une réponse pro-convulsivante (3 %) et un manque d’effet (32 %) ont aussi été remarqués dans des cas de crises.

Les chercheurs suggèrent que le composé influence également les crises d’épilepsie, du fait qu’il possède des vertus anti-inflammatoires et antioxydantes.

Mais les conséquences de ce composé sur des cerveaux jeunes et en plein développement sont décriées, et des recherches poussées sont attendues avant de pouvoir assurer avec certitude que son utilisation est sans danger.

Si les scientifiques qui se penchent sur ces études ne poussent pas les autorités à autoriser le CBD pour chaque patient atteint d’épilepsie, c’est parce qu’il existe une peur de ne pas voir les essais règlementaires être menés jusqu’au bout.

Il est impératif d’obtenir toutes les informations possibles sur les effets positifs comme négatifs avant de lancer un traitement sur un marché aussi large, sans cocher toutes les cases règlementaires au préalable.