Cannabis & anxiété, cause ou remède?

Samson Caramel

Est-ce que le cannabis cure ou cause l’anxiété?

Les deux, probablement.

Le cannabis est composé de plus de 500 substances chimiques ayant des effets très différents sur l’anxiété. Les plus connus et les plus étudiés sont les cannabinoïdes THC et le CBD. Plusieurs études semblent appuyer les effets anxiolytiques du CBD et les effets anxiogènes du THC. C’est à dire que le CBD diminue l’anxiété tandis que le THC l’augmente.

Avec plus de 100 cannabinoïdes dans le cannabis, dont certains qui semblent produire des effets contraires sur notre système endocannabinoïde, système que nous comprenons mal, il n’est pas surprenant que le cannabis produise des résultats variés.

Nous allons faire un survol de quelques études sur le cannabis et l’anxiété et présenter les résultats afin de mieux comprendre la recherche sur le cannabis et ses composantes.

THC, CBD & Anxiété

L’étude de Susan A. Stoner

Dans Effects of Marijuana on Mental Health: Anxiety Disorders publié en 2017, Susan A. Stoner (mais quel nom!) passe une revue de la recherche et souligne les faits suivants :

  • De nombreuses personnes déclarent consommer de la marijuana pour faire face à l’anxiété, en particulier les personnes souffrant de troubles d’anxiété sociale.
  • Le THC semble diminuer l’anxiété à des doses plus faibles et augmenter l’anxiété à des doses plus élevées.
  • Le CBD semble diminuer l’anxiété à toutes les doses testées.
  • Il y a des différences individuelles dans les réponses à la marijuana qui sont affectées par une variété de facteurs, bien que la tolérance se développe sur une courte période de temps avec l’utilisation régulière.
  • La consommation de marijuana pour faire face à l’anxiété peut offrir certains avantages à court terme, mais des études bien contrôlées indiquent que la consommation de marijuana est associée à une probabilité accrue de troubles liés à la consommation de substances.

Elle dit aussi ceci à propos du CBD,

Le CBD a été décrit comme non-psychotropique en raison du fait qu’il semble être non toxique et non renforçateur, mais il semble être psychotrope dans la mesure où il semble avoir des avantages pharmacologiques en ce qui concerne l’anxiété, la schizophrénie, la dépendance et la dépression.

Elle conclut,

Le THC pur semble diminuer l’anxiété à des doses plus faibles et augmenter l’anxiété à des doses plus élevées. D’autre part, le CBD pur semble diminuer l’anxiété à toutes les doses qui ont été testées.

De nombreuses personnes déclarent consommer de la marijuana pour faire face à l’anxiété, ce qui peut être particulièrement fréquent chez les personnes atteintes d’un trouble d’anxiété sociale.

(Le Cannabis)…peut offrir certains avantages à court terme, du moins en ce qui concerne l’anxiété, mais des études bien contrôlées indiquent que la consommation de marijuana est associée à une probabilité accrue de troubles liés à la consommation de substances à l’avenir.

Les visages craintifs

Distinct Effects of Δ9-Tetrahydrocannabinol and Cannabidiol on Neural Activation During Emotional Processing est une petite étude menée sur 15 participants ayant consommé soit 10 mg de THC, 600 mg de CBD ou un placebo dans une étude à double insu et contrôlée par placebo. On les a ensuite montré des visages craintifs, dont certains qui suscitent des réactions anxiogènes, afin de mesurer leurs symptomes.

Résultat

La consommation de cannabis peut à la fois augmenter et réduire l’anxiété chez les humains…Le THC a augmenté l’anxiété, ainsi que les niveaux d’intoxication, de sédation et de symptômes psychotiques, alors qu’il y avait une tendance à une réduction de l’anxiété suite à l’administration de CBD.

Le THC et le CBD ont eu des effets clairement distincts sur la réponse neurale, électrodermique et symptomatique aux visages craintifs. Les effets du CBD sur l’activation dans les régions limbiques et paralimbiques peuvent contribuer à sa capacité de réduire l’excitation autonome et l’anxiété subjective, tandis que les effets anxiogènes du THC peuvent être liés aux effets dans d’autres régions du cerveau.

Cette étude à très petite échelle semble donc supporter les faits rapportés dans l’étude précédente.

Une étude récente

Publié en 2020, Cannabis, a cause for anxiety? A critical appraisal of the anxiogenic and anxiolytic properties est une revue systématique de la recherche sur le cannabis, ses composantes et l’anxiété.

Méthode

Les articles sélectionnés pour cet examen ont été recensés jusqu’en janvier 2020 dans les bases de données électroniques OVID MEDLINE, Cochrane Central Register of Controlled Trials, PubMed et PsycINFO.

Résultat

Des doses aiguës de CBD ont permis de réduire l’anxiété chez les animaux et les humains, sans avoir d’effet anxiogène à des doses plus élevées. Les études épidémiologiques tendent à soutenir un effet anxiolytique de la consommation de CBD ou de THC, ainsi que du cannabis végétal entier. À l’inverse, les études cliniques humaines disponibles démontrent une réponse anxiogénique commune au THC (surtout à des doses plus élevées).

Conclusion

Selon les données actuelles, les thérapies aux cannabinoïdes (contenant principalement du CBD) peuvent fournir un traitement plus approprié pour les personnes souffrant d’anxiété préexistante ou comme rôle d’appoint potentiel dans la gestion de l’anxiété ou des troubles liés au stress. Cependant, d’autres recherches sont nécessaires pour explorer d’autres cannabinoïdes et constituants phytochimiques présents dans le cannabis (p. ex., terpènes) comme interventions anxiolytiques. Les essais cliniques futurs impliquant des patients souffrant de troubles anxieux sont justifiés en raison du petit nombre d’études humaines disponibles.

8598 Suédois, 0 stress

Cannabis use, depression and anxiety: A 3-year prospective population-based study a effectué un suivi de plus de 8000 participants 3 ans après un contact initial.

Méthode

Les données ont été obtenues à partir d’une étude de cohorte comprenant 8598 hommes et femmes suédois âgés de 20 à 64 ans, avec un suivi de trois ans.

Conclusion

Nous n’avons trouvé aucune association longitudinale entre la consommation de cannabis et l’incidence de la dépression ou de l’anxiété, ou entre la dépression ou l’anxiété et l’apparition ultérieure de la consommation de cannabis.

Pourquoi le mystère? Le système endocannabinoïde

Comme nous l’avons mentionné précédemment, le cannabis est composé, entre-autres, de cannabinoïdes comme le THC, le CBD et une centaines de variétés moins connues. Celles-ci agissent sur notre système endocannabinoïde.

Or, d’après The endocannabinoid system and the brain paru dans Annual Review of Psychology en 2012,

Le constituant psychoactif du cannabis, Δ(9)-tétrahydrocannabinol (THC), a été isolé au milieu des années 1960, mais les récepteurs cannabinoïdes, CB1 et CB2, et les principaux cannabinoïdes endogènes (anandamide et 2-arachidonoyl glycérol) ont été identifiés seulement 20 à 25 ans plus tard.

L’étude poursuit :

…Les effets sont parfois biphasiques — des doses plus faibles causant des effets opposés à ceux observés à des doses élevées. Récemment, de nombreux composés de type endocannabinoïde ont été identifiés dans le cerveau. Seules quelques-unes ont été étudiées pour leur activité dans le SNC, et des recherches futures sur leur action pourraient éclairer un large spectre de fonctions cérébrales.

Un gros système

Dans Cannabinoid Receptors and the Endocannabinoid System: Signaling and Function in the Central Nervous System paru en 2018, l’étude confirme que le système endocannabinoïde agit su les fonctions suivantes :

  • Appétit et digestion
  • Métabolisme
  • Douleur chronique
  • Inflammation et autres réactions du système immunitaire
  • Humeur
  • Apprentissage et mémoire
  • Commande du moteur
  • Sommeil
  • Fonction du système cardiovasculaire
  • Formation musculaire
  • Remodelage et croissance osseuses
  • Fonction hépatique
  • Fonction du système reproducteur
  • Stress
  • Fonction cutanée et nerveuse

Comme la plupart des études cités le suggèrent, la recherche est manquante.

Ils nous manque de l’information sur les cannabinoïdes, mais aussi le système endocannabinoide, qui présente des opportunités thérapeutiques qui pourraient informer les traitments pharmaceutiques réductives, c’est à dire qui se concentrent uniquement sur les mécanismes du cerveau.

La poule ou l’oeuf

Qu’en est-il de l’association courrante entre cannabis et anxiété?

Est-ce que les anxieux consomment du cannabis ou est-ce que les consommateurs de cannabis deviennent anxieux?

L’étude de 2009 Cannabis and anxiety: a critical review of the evidence est une revue systématique des résultats de plusieurs études cliniques sur le cannabis et l’anxiété publiés sur Medline, PsycLIT et EMBASE.

Résultat

Les consommateurs fréquents de cannabis ont toujours une prévalence élevée de troubles anxieux et les patients souffrant de troubles anxieux ont des taux relativement élevés de consommation de cannabis. Cependant, il n’est pas clair si la consommation de cannabis augmente le risque de développer des troubles anxieux de longue durée. De nombreuses hypothèses ont été proposées pour tenter d’expliquer ces relations, y compris les influences neurobiologiques, environnementales et sociales.

D’après les chercheurs, il semble y avoir une corrélation entre cannabis et l’anxiété, mais le mécanisme n’est pas évident. C’est un problème de poule ou d’oeuf.

La relation précise entre la consommation de cannabis et l’anxiété n’a pas encore été établie. Des recherches sont nécessaires pour clarifier pleinement les mécanismes de cette association.

Stress ≠ Anxiété

L’étude de 2014 Cannabis Use and Anxiety: Is Stress the Missing Piece of the Puzzle? a sondé 316 sujets et suggère que bon nombre de ses participants auraient confondu les symptomes de stress avec les symptomes d’anxiété. C’est une approche créative au problème…

L’auteur suggère que le lien entre cannabis et anxiété serait dû à la confusion entre les symptomes de stress et d’anxiété.

…l’hypothèse de la mauvaise répartition du stress a été appuyée dans une certaine mesure. Étant donné que l’automédication pour l’anxiété est le meilleur prédicteur de la fréquence d’utilisation, il est suggéré que les chercheurs, les cliniciens et les consommateurs de cannabis accordent une plus grande attention au chevauchement entre les symptômes de stress et d’anxiété et à l’interprétation erronée possible de ces affections liées mais distinctes.

Petite association entre cannabis et les troubles anxieux.

Paru en 2014, A positive association between anxiety disorders and cannabis use or cannabis use disorders in the general population- a meta-analysis of 31 studies est une revue de 31 études sur le cannabis et les troubles anxieux.

Elle a trouvé une petite association positive entre le cannabis, l’anxiété et la dépression.

…il y avait une petite association positive entre : anxiété et consommation de cannabis, anxiété et troubles de consommation de cannabis et anxiété + dépression et consommation de cannabis.

18+

La consommation adolescente de cannabis augmente les chances de développer de l’anxiété et la dépression (AD) plus tard. L’étude Cannabis and Anxiety and Depression in Young Adults: A Large Prospective Study a suivi 3,239 jeunes adultes Australiens sur 3 ans.

Méthode

Une cohorte de 3 239 jeunes adultes australiens a été suivie de la naissance jusqu’à l’âge de 21 ans lorsque des données sur l’AD (anxiété et dépression) ont été obtenues auprès des membres de l’échantillon ainsi que des renseignements sur leur consommation de cannabis à 21 ans. Les facteurs de confusion potentiels ont été mesurés prospectivement à la naissance de l’enfant et à 14 ans.

Résultats

Après avoir tenu compte des facteurs de confusion, les personnes qui ont commencé à consommer du cannabis avant l’âge de 15 ans et qui l’ont utilisé fréquemment à 21 ans étaient plus susceptibles de signaler des symptômes de l’AD au début de l’âge adulte. Cette association était d’une ampleur similaire pour ceux qui avaient seulement consommé du cannabis et ceux qui ont déclaré avoir consommé du cannabis et d’autres drogues illicites.

Conclusion

La relation entre la consommation précoce et fréquente de cannabis et les symptômes de l’AD est indépendante des antécédents individuels et familiaux. La consommation fréquente de cannabis est associée à une augmentation de l’AD chez les jeunes adultes, que la personne consomme ou non d’autres drogues illicites.

Ma réaction initiale ici était de supposer que les adolescents qui essayeraient le cannabis à un jeune âge seraient déja, soit à cause de leur environnement, soit leur tempéramment, porté à des troubles anxieux et dépressifs. Or, l’étude a éliminé l’environnement comme facteur, ainsi que l’usage de d’autres drogues et sa portée est impressionante.

Cannabis + Agaraphobie?

Cannabis use and anxiety in daily life: a naturalistic investigation in a non-clinical population n’a trouvé aucun lien entre la consommation de cannabis et l’anxiété dans le quotidien de ses répondants, ni pour, ni contre.

Par contre, elle a trouvé un lien considérable entre cannabis et agaraphobie.

Il n’y avait pas d’association significative entre le niveau d’anxiété de l’État et la consommation de cannabis dans la vie quotidienne. Cependant, un diagnostic d’agoraphobie était significativement associé à une probabilité accrue de consommation de cannabis, indépendamment de l’anxiété de l’État et d’autres facteurs de confusion. Aucune preuve n’a été trouvée pour un effet anxiolytique ou anxiogène du cannabis dans la vie quotidienne.

Elle poursuit,

Cette constatation n’appuie pas l’hypothèse selon laquelle les sujets présentant des niveaux élevés d’anxiété consomment du cannabis comme moyen d’automédication. L’association entre l’agoraphobie et la consommation de cannabis dans la vie quotidienne peut s’expliquer par une anxiété anticipative secondaire aux symptômes de panique induits par le cannabis.

Comment expliquer l’agaraphobie?

Les cherchers supposent qu’il soit possible que de vivre des symptomes d’anxiété suite à une consommation de cannabis pourrait nous mener à vivre de l’anxiété anticipatoire, par exemple dans une situation relativement anxiogène comme une foule.

Conclusion

Dans les sondages et les études, un nombre important de consommateurs disent utiliser le cannabis pour alléger ou traiter les symptomes d’anxiété. Mais les études semblent aussi appuyer les effets anxiogènes du cannabis et l’apparente corrélation entre les consommateurs de cannabis et les troubles anxieux.

D’autres études exigent plus de recherche et critiquent les méthodes et la rigueur des études déja menées. Pourtant, les études et les revues récentes semblent appuyer les faits suivants :

  • À faible dose, le THC combat l’anxiété alors qu’à une dose plus élevée, le THC augmente l’anxiété.
  • Le CBD, peu importe sa dose, semble combattre l’anxiété.
  • Le cannabis a donc un potentiel de diminuer l’anxiété mais aussi de l’augmenter; selon sa composition, l’état et l’historique du consommateur ainsi que la dose.
  • Nous en connaissons très peu sur les composantes du cannabis et encore moins sur le système endocannabinoïde
  • La consommation de cannabis à l’adolescence semble augmenter les risques de développer des troubles anxieux et/ou dépressifs à l’âge adulte.

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